RECOMPOSITION D’UNE FORMULE ADAPTÉE À UN TYPE DE PEAU (acné, sensible, mature…)

Passons à la partie la plus créative du module ! on inverse la logique : on va créer le produit idéal pour trois profils de peau très différents : acnéique, sensible et mature. Ainsi, on va définir notre cahier des charges, c’est-à-dire la feuille de route qui définit ce que le produit doit être, les ingrédients a privilégier et ceux à bannir. Et c’est parti pour la formulation !


Premier cas pratique : intéressons-nous au profil 1, la peau grasse à tendance acnéique. C’est-à-dire que la peau produit trop de sébum, ainsi, elle a tendance à s’épaissir (c’est l’hyperkératinisation, les cellules mortes s’accumulent et bouchent les pores). Alors, le sébum reste piégé et ce milieu gras et fermé devient le paradis pour la bactérie C.acnes. C’est d’ailleurs elle qui crée l’inflammation et le bouton.
Le principal piège qu’il faut éviter, c’est de trop assécher, décaper la peau : elle va produit encore plus de gras pour se défendre. C’est également pour cela qu’on conseille souvent de ne nettoyer le visage en profondeur qu’une seule fois par jour, le soir !

Notre objectif formulation est donc de créer une galénique légère, fraiche avec une pénétration rapide et un fini plutôt mat. On ne veut surtout pas rajouter une couche occlusive qui étoufferait la peau. On veut que ça respire.

D’abord, côté huiles, on va être très sélectif. On oublie tout ce qui est lourd : pas de beurre de karité, de cacao et pas d’huile de coco qui sont trop riche et qui pourrait boucher les pores.
A la place, on va choisir des huiles plus adaptées, non comédogène, dites sèche et équilibrantes. Comme par exemple l’huile de jojoba. Sa composition chimique est proche du sébum humain, permet d’envoyer un signal de satiété à la peau pour réguler naturellement sa production. On peut également utiliser des huiles sèches comme la noisette, l’huile de nigelle ou pépins de raisin pour une pénétration rapide. On peut également utiliser les esters qui ont un avantage : d’être neutre et inertes. Comme par exemple le caprylic/Capric triglyceride. Issue de la coco, mais estérifié pour ne garder que la légèreté. Elle est fluide, stable et totalement non comédogène. Il existe aussi le squalane, qui comme l’huile de jojoba est proche du sébum humain.

Enfin, le choix des actifs doit cibler les causes :

  • Le zinc pour son action assainissante, qui régule le sébum.
  • L’acide salicylique (ou BHA) pour son effet “kératolytique” : il va dissoudre les bouchons de cellules mortes et libérer les pores.
  • Le niacinamide, ou vitamine B3, ou bakuchiol pour réduir l’inflammation.
  • On peut également ajouter de l’aloe vera ou de l’acide hyaluronique pour apporter de l’eau, sans alourdir, à une peau souvent déshydratée.

On peut également ajouter des poudre comme les amidons de mais ou riz, du kaolin ou encore la silica pour l’effet matifiant et absorbant du sébum.

Attention également aux produits avec une très forte concentration d’alcool. Bien qu’il assèche les boutons, c’est parfois trop agressif.

Ce profil exige une formule qui combine régulation, légèreté et surtout une grande douceur.


Passons au cas numéro 2 : la peau est sensible et réactive. La problématique physiologique est totalement différente. Le problème majeur est une altération de la barrière cutanée. La peau est donc plus perméable, elle ne retient plus l’eau, ce qui cause la déshydratation. Elle laisse pénétrer les agents irritants extérieurs. C’est ce qui déclenche les rougeurs, les échauffements et l’inconfort.
Il faut impérativement viser le minimalisme. Car plus une formule contient d’ingrédients, plus on multiplie le risque de réaction allergique. On cherche avant tout l’innocuité et la haute tolérance.

On veut ici une texture douce avec beaucoup de glissant. L’application doit se faire sans effort, car le simple frottement mécanique des doigts peut suffire à réactiver une rougeur sur une peau réactive.

D’ailleurs, on bannit les huiles essentielles, trop puissantes, ainsi que les parfums chargés en allergènes.
Pour la phase huileuse, on privilégie des corps biomimétiques et anti-inflammatoires comme l’huile d’amande douce ou de prune, pour leur douceur et leur côté apaisante. L’huile de cameline ou de chanvre, très riches en oméga-3 qui ont une action directe sur l’inflammation. Et enfin le beurre de karité pour sa richesse, il agit comme un pansement pour reconstruire la barrière cutanée défaillante.

De la même manière que pour les peaux acnéique, on peut ajouter des corps gras synthétique qui sont pur, inerte et standardisé. Ils ne continent aucune trace allergisante. C’est la sécurité dermatologique maximale. Je peux citer l’isononyl Isononanoate qui apporte un glissant exceptionnel.
Et d’ailleurs, même si cette matières premières est très discutée et polluante, le paraffinum liquidum / mineral oil est très utilisé pour répondre aux problème de peau comme l’eczéma. C’est le plus inerte et occlusif qui existe, un vrai pansement.

A savoir que pour ce type de peau, on va éviter les produits nettoyants avec des tensioactifs sulfatés, trop agressifs et décapant.

Coté actif, nous sélectionnons des molécules pour “éteindre le feu “ :

  • Le Bisabolol, actif issu de la camomille, permet de calmer la sensation de chaud et des picotements
  • Le Panthénol (Provitamine B5) pour ses vertus cicatrisantes et réparatrices
  • Et l’Allantoïne pour adoucir


Ce profil demande une formule simple, épurée et protectrice, capable de reconstruire le bouclier naturel de la peau.


Terminons avec le profil numéro 3 : la peau mature et sèche.

Ici, nous faisons face à un ralentissement général du métabolisme cutané. Avec l'âge, la production de sébum chute drastiquement : le film hydrolipidique ne joue plus son rôle protecteur. Résultat : l'eau s'évapore, la peau s'assèche et devient inconfortable. En parallèle, la structure profonde s'affaisse : moins de collagène, moins d'élastine, ce qui creuse les rides et entraîne une perte de fermeté.

On cherche des produits cosmétique qui apporte le confort absolu et la nutrition. Contrairement à la peau grasse où l'on voulait de la légèreté, ici, on recherche de l'occlusivité. La formule doit agir comme un manteau protecteur qui empêche la peau de se déshydrater au fil de la journée. Elle doit être riche et confortable avec un fini lumineux.

Pour la phase huileuse, on délaisse les huiles sèches pour privilégier des corps gras riches. Par exemple, l'Huile d'Avocat ou d'Argan pour leur richesse nutritive exceptionnelle. Ensuite, pour garantir l'effet occlusif et le confort longue durée, l'ajout de beurres et de cires est indispensable. Le Karité ou le Beurre de Cacao vont apporter du confort et du fondant. La Cire d'Abeille ou de candellila va former ce fameux film protecteur physique à la surface.

On peut également ajouter du synthétiques pour le coté riche mais non collant et gras. On utilise par exemple le C10-18 Triglycerides. Il apporte le fondant d'un beurre mais avec un fini satiné très élégant. L'Isostearyl Isostearate: Il permet à la peau de rester souple beaucoup plus longtemps qu'une huile classique.

Enfin, côté actifs, on vise la stimulation et le volume :

  • L'Acide Hyaluronique (plutôt de bas poids moléculaire) pour pénétrer et repulper la peau de l'intérieur.
  • Les Peptides ou rétinol pour booster le collagène.
  • Les Céramides, qui sont le ciment naturel de la peau, pour restaurer la barrière.
  • Et bien sûr des antioxydants puissants comme la Vitamine C ou le Coenzyme Q10 pour l'éclat.

D’ailleurs, on va évite l’ajout d’alcool, qui déssèche et délipide la peau.

Ce profil exige une architecture complexe qui allie richesse nutritive, protection occlusive et un toucher velouté pour redonner de l'éclat et de la souplesse.

Une formule cosmétique n'est pas un mélange au hasard. C'est une architecture réfléchie où chaque ingrédient est choisi pour répondre à une physiologie de peau précise.